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Introduction

VXiXtXaXmXiXnXeXCXMXS-2007-10-26 20:09:59

Teintures et colorants naturels dans le monde d'aujourd'hui : un tournant entre extinction des savoirs anciens et perspectives nouvelles de valorisation

C’est toute la palette des couleurs du spectre que peut fournir la multitude des plantes, animaux et champignons à colorants : de quoi teindre nos habits et les textiles qui nous entourent, colorer notre peau, nos cheveux, nos aliments.
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Teintures au Mexique © Maddalena Forcella
Teintures au Mexique © Maddalena Forcella
L’usage des teintures et pigments naturels a longtemps participé au maintien d’un lien étroit entre l’humanité et les environnements naturels et pourrait aujourd’hui contribuer à le revitaliser. Teintures et colorants naturels font partie intégrante du patrimoine mondial : l’utilisation de plantes (et, dans une moindre mesure, de coquillages marins et de coccidés) pour en extraire des couleurs est un domaine de savoirs que l’on retrouve dans toutes les civilisations. Son ancienneté, de mieux en mieux mise en évidence par les découvertes archéologiques, indique que la recherche de plantes à colorants a dû aller de pair avec celle des plantes comestibles et médicinales. Tout au long de l’histoire, les teintures ont eu une importance majeure dans les échanges culturels et économiques entre différentes régions du monde.
 
La rupture majeure dans cette longue histoire survient au XIXè siècle : l’essor de la chimie organique permet alors l’invention de toute une nouvelle gamme de teintures et pigments, synthétisés à partir de ressources fossiles, goudron de houille, puis pétrole. Ces nouveaux colorants sont rapidement et massivement adoptés par l’ensemble des pays industrialisés et exportés dans le monde entier. Bon marché, d’utilisation aisée, ils vont entraîner une véritable révolution culturelle : la possibilité de colorer massivement les matériaux des objets de la vie quotidienne, plastiques, textiles, peintures, les produits cosmétiques et la nourriture, nous a tous, désormais, habitués à considérer la couleur autour de nous comme allant de soi. Dans cette nouvelle ère des colorants synthétiques, les recherches sur les teintures naturelles, changeant de cap, vont se concentrer sur leur importance historique, archéologique et patrimoniale, délaissant pour un temps la question de leur développement économique et de ses implications environnementales.

Disparition accélérée des savoirs traditionnels

Dans d’autres parties du monde, de nombreux peuples ont longtemps conservé et, pour certains, conservent encore des savoirs irremplaçables concernant la teinture et les divers procédés de coloration à partir des espèces de plantes et d’animaux indigènes. Ces savoirs traditionnels sont intimement intégrés à chaque culture, par ses arts, ses croyances symboliques et religieuses, et sa médecine traditionnelle (la plupart des plantes à colorants ont également des propriétés médicinales). A l’heure actuelle, avec la diffusion mondiale des modes de vie “à l’occidentale”, ces savoirs sont en voie de disparition accélérée tandis que s’éteint la dernière génération des “trésors vivants” de l’art de la teinture. Malgré la multitude de publications disséminées dans des archives ou revues scientifiques d’accès souvent difficile, il reste énormément d’identifications de sources de colorants et de descriptions des procédés de teinture ou coloration traditionnels à faire, avant qu’il ne soit trop tard.
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Jardin botanique présentant des plantes tinctoriales de différents continents - Lauris, France © CRITT horticole
Jardin botanique présentant des plantes tinctoriales de différents continents - Lauris, France © CRITT horticole

Nouvelles perspectives d'applications et de développement : un challenge environnemental ?

Aujourd’hui, même si les scientifiques ont du mal à s’accorder pour définir combien de temps encore certaines ressources fossiles pourront continuer à être exploitées de façon rentable, il est devenu évident pour le public que des alternatives doivent être envisagées à ces ressources. La recherche de solutions pour pallier à l’épuisement des sources d’énergie et matières premières fossiles va forcément entraîner un retour à l’exploitation des ressources naturelles renouvelables. Cette démarche implique nécessairement une nouvelle évaluation des possibilités d’applications industrielles des teintures et pigments d’origine végétale et animale.
Ce regain d’intérêt pour les teintures et colorants naturels du point de vue économique – non seulement pour les applications textiles, mais peut-être plus encore pour les cosmétiques, la teinture des cheveux ou comme colorants alimentaires – est apparu avec évidence à l’occasion de deux grands congrès internationaux récents: “Naturally… International Symposium/Workshop on Natural Dyes” organisé par l’UNESCO et le Crafts Council of India à Hyderabad (Inde) en Novembre 2006, qui a rassemblé 700 participants venus de 60 pays (teinturiers traditionnels/artisans, chercheurs scientifiques, artistes en textile, professionnels de différents secteurs industriels, représentants de gouvernements) ; et ISEND 2008, organisé par Madame le Pr. Kim, Ji-Hee, directrice du Museum of Natural Dye Arts et par la Ville de Daegu, à Daegu, République de Corée, en Septembre 2008.
Ce nouvel enjeu économique pose la question cruciale de la possibilité d’un développement durable d’une filière des colorants naturels, fondé sur une gestion responsable des ressources naturelles sauvages dans le respect des droits de propriété intellectuelle des peuples autochtones sur la biodiversité, et sur l’adoption de procédés de production respectueux de l’environnement. Si les implications environnementales d’un tel développement ne sont pas prises en compte, par manque de diffusion et de discussion des informations pertinentes, un phénomène de mode, et d’engouement pour les teintures et colorants naturels, poussant à leur production industrielle massive pour une utilisation à grande échelle, pourrait entraîner le pillage catastrophique des stations naturelles de nombreuses espèces tinctoriales sauvages.
Pour répondre au défi du passage à l’échelle industrielle, différentes possibilités d’avancées, complémentaires et synergiques, se dessinent, notamment:
  • l’étude scientifique approfondie de sources traditionnelles de colorants encore mal connues;
  • l’inventaire, et l’étude des potentialités, des « nouvelles » ressources en colorants naturels : en premier lieu, les sous-produits de l’exploitation de végétaux à très grande échelle pour d’autres usages (exploitation forestière pour le chauffage ou le bois d’oeuvre, cultures industrielles des plantes à bio-carburants, des fruits et légumes, des plantes médicinales et arômatiques);
  • le développement de méthodes de culture optimisées pour les plantes tinctoriales d’usage historique, en ayant soin de minimiser leur impact environnemental et en étudiant les possibilités de culture en agriculture biologique.
  • la mise en œuvre d’essais de culture de plantes sauvages potentiellement intéressantes
  • le développement de techniques d’extraction respectueuses de l’environnement pour la production des colorants et pigments naturels ;
  • la sélection des catégories de teintures et pigments naturels les plus appropriées aux diverses applications et des méthodes les plus efficaces pour leur mise en œuvre.

De l'urgence d'une intensification des recherches, de la communication et des collaborations entre les scientifiques, les producteurs et les consommateurs

Cette brève introduction montre l’importance et l’urgence d’une intensification des recherches interdisciplinaires sur toutes les sources possibles de teintures et colorants naturels, dans le but d’optimiser cette ressource potentielle au niveau mondial. Elle souligne la nécessité pour toutes les catégories de personnes intéressées d’organiser un réseau efficace d’information et de collaborations, pour assurer une large diffusion des avancées des connaissances et des techniques concernant les teintures et colorants naturels et leur donner une plus grande visibilité au niveau global. Dans cette optique, le marketing et la promotion des teintures et colorants naturels auprès du public devront aborder et éclairer des questions telles que la facilité de leur mise en oeuvre, la faisabilité et les avantages de leur utilisation, dans la mode comme dans les divers secteurs industriels potentiellement concernés.
ISEND 2011 Europe a pour but de rassembler des représentants de tous les secteurs d’activité concernés par les teintures et colorants naturels, avec leurs points de vue très divers, et de leur donner la possibilité de présenter leurs expériences personnelles et les discuter. Ce sera le lieu et l’occasion de débattre en profondeur de questions cruciales concernant le renouveau de l’importance culturelle et économique des teintures et colorants naturels, tout en fournissant des exemples de la contribution qu’ils apportent déjà à une évolution vers un monde plus « vert ».
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